lundi 29 juin 2009
Running up those stairs
Il y a quelques jours j'ai ouvert un magnifique document word, avec une colonne "problèmes" et une colonne "solutions" qui reste à remplir. Pour savoir où j'en étais, pour voir noir sur blanc ce qui me pourrissait la vie. Quelques jours plus tard, en allant rendre des livres à la bibliothèque, je suis tombé sur un ouvrage assez fin intitulé "Arrêtez de vous faire du souci pour tout et pour rien", de Robert Ladouceur, Lynda Bélanger et Eliane Léger. Que croyez-vous ? Évidemment, j'ai regardé autour de moi ("Eh oh, qu'est ce qu'il me veut, ce Robert ? Comment qu'il est au courant ? Ou est-ce qu'il se cache pour m'espionner, le cuistre ?"), et puis je suis partie avec - le dit livre, pas le Robert - jusqu'au bureau des emprunts (voler dans une bibliothèque, ce serait mal).
Bon, et bien donc j'ai un nouveau bidule à mettre dans ma liste de dieu du ciel que je suis donc équilibrée étrangement : je suis l'heureuse bénéficiaire d'un TAG, autrement dit un Trouble Anxieux Généralisé. Je crois que c'est pour mon bien, que ceux qui vivent la tête en l'air ont tort (oui, B., c'est à toi que je parle, couillon), que mieux vaut prévenir que guérir, alors qu'en fait, oui mais non, parce que là j'en fais trop, je suis à la limite du fiston chinois dans Tintin, qui tient absolument à couper la tête à tout le monde pour trouver la voie (et éviter les céphalées). Je me pourris la vie pour des catastrophes pas encore arrivées, je prévois le pire comme un bon paysan et total, je finirai cardiaque et morte dans d'atroces souffrances même pas jouissives vu que je ne suis pas masochiste (par contre si tu es masochiste, même sans forte poitrine, tu m'intéresse, laisse donc tes coordonnées ici, et nous te rappellerons), sauf que moi on va pas en chier une pendule à la Une de tous les journaux du monde comme l'autre foufou. Mais lui aussi il devait être bien TAG TAG, hein. Je referme cette parenthèse inutile. Bref.
Donc, je suis trop anxieuse. Je le savais. Voire angoissée, ou vice versa. Mais surtout, au niveau atteint en tout cas ces derniers mois, je gagne un joli nom pour cela. D'ailleurs on peut aussi nommer mon trouble une névrose d'angoisse. Je dois méditer, prendre ma pharmacopée, et aller voir un psytruc comportementaliste cognitif. Enfin non, évidemment je ne dois pas. Mais cela fait en tout cas partie des suggestions.Surement bienvenues.
En même temps, B. m'avait proposé de rechercher un système d'écoute et d'échange parallèle, du genre groupe de parole/thérapie de groupe. Et je commençais un peu plus à m'intéresser à la PNL (Programmation Neuro Linguistique) depuis quelques semaines. Pas que je sois contre la psychanalyse traditionnelle, ni même que je n'y prête foi. Seulement j'ai essayé pendant quelques années, et si les progrès et/ou les découvertes ont été réel/les, j'ai besoin de résultats un peu plus rapides et concrets, en ce moment. Je pars quand même un peu en miettes. Plus ou moins selon les périodes, certes, mais du gros bout de pain à la minuscule parcelle de mie, il n'y a qu'un pas, ou quelques pigeons passant par là et affamés. Je ne sais jamais quand va intervenir la prochaine crise, donc si je peux avoir des armes contre elle, la salope, voire apprendre à l'éviter, j'applaudirai des deux mains, et je battrai des pieds comme une petite folle. Et ce serait très joli à voir.
Je sais que j'ai grandi dans un milieu vaguement pathogène, mais je n'en veux pas (enfin, finalement plus pour être exacte) à mes parents, et plus particulièrement à ma mère, parce qu'elle a agit comme elle le croyait juste, guidée par son amour pour moi et sa bonne volonté, mais entravée et empêtrée dans sa propre histoire personnelle et familiale. Je sais maintenant que je ne pourrais pas la "guérir" - oui, c'était mon idée il y a quelques années, je m'étais mise dans la tête que ma venue sur terre avait un but, et que c'était de la soigner/rénover/rendre mieux/heureuse/un peu tout cela, et encore d'autres choses qui s'y rattachent. J'ai l'impression qu'elle voit son passé, ses parents sous un prisme faussé d'idéal quotidien ; que la réalité n'est en fait pas aussi tranchée, aussi rose. Que sa volonté très nette de me laisser entièrement libre, que son incapacité le plus souvent à me dire non (enfin à moi encore plus qu'aux autres), à m'imposer des règles strictes si je les contestais, tout en cherchant à obtenir ce qu'elle voulait par le biais (manipulation, chantage aux sentiments, échanges de bons procédés), que donc en résumé, toute une ramification d'éléments que je mets petit à petit bout à bout, me font entrevoir dans l'éducation qu'elle m'a donnée une réaction, mais au sens le plus profond du terme, à son éducation et à sa sphère familiale. Est-ce que ces dernières étaient finalement un peu hors norme, même pour les années quarante où elle a grandi ? Je ne sais pas, et je ne suis pas sûre que je connaisse un jour la vraie vérité vraie.
Mon enfance a donc beaucoup pesé sur ce que je suis maintenant, et ce que j'en fais. C'est un super scoop, non ? Je ne peux pas me cacher derrière mon petit doigt, pourtant. Je suis, nous sommes, ce que nous décidons d'être. Que ma mère soit résiliente, ou partiellement résiliente, et moi idem, très bien. Que mes jeunes années aient été pénibles, par la solitude que j'y ai éprouvée, par ma volonté de taire mes gros problèmes (pauvre con de pédophile adolescent, pauvres cons d'élèves méchants, pauvre con de papounet absent) pour ne pas blesser ma mère que je sentais instinctivement fragile, c'est un fait. Que j'en paye encore le prix maintenant, par 1/ mon état dépressif et anxieux soigné à coup d'inhibiteur de recapture de la sérotonine depuis des années, des anxiolytiques légers depuis quelques semaines, des psys par intermittence, et 2/ par mes somatisations diverses et variées sans cesse renouvelées - et le dos et la tête, et l'estomac et les articulations, et le cou et l'alouette qui n'en peut plus de trouver de nouveaux médicaments à prendre - , c'est aussi un fait.
Mais puisqu'il me semble là que j'ai une bonne partie des éléments en main, si ce n'est tous, je deviens la tutrice du bébé (enfin de moi-même donc, pour ceux qui se perdent un peu dans mes circonvolutions langagières). Oui il (enfin elle, enfin moi) n'est pas bien vaillant(e), mais si je pense au dégoût que j'éprouve par rapport aux gens qui se plaignent en rejetant toute la faute sur les autres (la société, leurs parents, l'état, leur patron, n'importe qui n'importe quoi du moment qu'ils puissent se décharger de leur responsabilité), je sais ce que j'ai à faire.
Rocky a un putain d'escalier à monter en courant, et il est asthmatique. Mais il doit le faire.
Our greatest glory is not in never falling, but in rising every time we fall.
~ Confucius
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